Partagez

Par Charles Sannat

Mes chères contrariennes, mes chers contrariens !

Oyez, oyez braves imbéciles, excellente nouvelle portée à votre connaissance par sa sainteté le Gouvernement des États-Unis d’Amérique.

Le chômage baisse à son plus bas niveau, c’est la reprise, la croissance est là, le monde est merveilleux et vos élites veillent sur vous.

C’est d’ailleurs tellement la croissance que le premier trimestre américain a vu une croissance légèrement négative s’établir à un petit – 2,9 %, ce qui est tout de même la preuve de la vigueur et du dynamisme américain.

Mais ne regardons pas le passé, regardons l’avenir, et notre futur est radieux, comme en attestent les derniers chiffres du chômage pour lesquels il faut croire qu’aucun analyste n’a pris le temps ne serait-ce que de lire la synthèse officielle du BLS que je vous livre ici en exclusivité pour vous, lecteurs du Contrarien Matin.

Mais avant, rions un peu ensemble. Voici la dépêche AFP (Agence France Propagande) qui se félicite donc de cette situation extraordinaire pour l’économie américaine.

Wall Street : l’emploi américain porte le Dow Jones au-delà des 17 000 points

« Wall Street ouvrait en fanfare jeudi, emmenant son indice vedette le Dow Jones au-dessus du seuil psychologique des 17 000 points pour la première fois de son histoire, après l’annonce d’une embellie spectaculaire du marché du travail américain en juin. »

Et puis quand l’AFP est dithyrambique… elle l’est !!

« Un rapport mensuel sur l’emploi jugé excellent sur toute la ligne permettait à la place new-yorkaise de repousser encore ses limites tout juste avant le long week-end du 4 juillet, fête de l’Indépendance américaine. »

Ensuite l’AFP va interroger un expert (un type sérieux, pas un mauvais garçon comme moi qui ose aller lire les petits caractères dans les papiers qu’on lui donne gentiment).

« C’est positif à tous les niveaux, a jugé Gregori Volokhine de Meeschaert Financial Services. Pour la consommation, pour l’industrie, sans compter que cela fait un peu remonter le dollar, une bonne nouvelle pour la facture énergétique des États-Unis, en pleine hausse des prix du pétrole sur fond de crise irakienne. »

Enfin, toujours selon notre analyste sérieux, « ce rapport ne semble pas montrer de tension inflationniste ». En effet, « la seule chose qui aurait pu inquiéter les investisseurs, c’est une trop forte augmentation du salaire horaire, qui se traduit ensuite par une hausse des coûts, mais cette menace est écartée pour l’instant »…

Ouf, je dois vous avouer qu’un instant j’ai frémis d’angoisse à l’idée que les salaires des gens se mettent à monter plus rapidement que l’inflation et que la plèbe commence à s’enrichir un peu… cette idée est insupportable. Mais soyez sans crainte, le risque est écarté…

Et c’est sûr que de l’inflation sur les salaires, nous ne sommes pas prêts à en voir et encore moins aux USA et c’est d’ailleurs cela qui devrait se faire gratter la tête à nos crânes d’œuf de spécialistes.

Comment se fait-il qu’avec un taux de chômage bientôt sous les 6 %… c’est-à-dire « presque » du plein-emploi, il n’y ait aucune tension inflationniste sur les salaires ?

Et figurez-vous que la réponse figure en toutes lettres et de façon parfaitement compréhensible dans le dossier du BLS, qui est le bureau du labour statistiques en franglais. En clair, c’est l’organisme officiel qui vous donne les chiffres officiels. Ils ne mentent même pas… Ce sont les interprétations que l’on vous sert qui sont mensongères.

Les chiffres en vrais. Traduction des passages importants du dossier du BLS à la portée de tous pour comprendre l’ampleur du mensonge et de la désinformation à laquelle vous êtes soumis.

Ça commence comme ça :

Le total de l’emploi salarié non agricole a augmenté de 288 000 en juin, et le taux de chômage a diminué à 6,1 pour cent selon le Bureau of Labor Statistics des États-Unis.

Les gains d’emplois ont été généralisés (comprendre dans tous les secteurs), et en particulier tirés par la croissance de l’emploi dans les services professionnels et d’affaires, les services, le commerce de détail, les services de restauration et débits de boissons, et les soins de santé…

La fracture sociale américaine en chiffres avec quelques menues disparités, mais tout va bien.

Parmi les principaux groupes de travailleurs, les taux de chômage des femmes adultes (5,3 pour cent) et les Noirs (10,7 pour cent) ont diminué en juin, et le taux a augmenté pour les adolescents (21,0 pour cent). Les taux pour les hommes adultes (5,7 pour cent), les Blancs (5,3 pour cent), et les Hispaniques (7,8 pour cent) ont montré peu de changement.
Le taux de chômage était de 5,1 pour les Asiatiques pour cent (non désaisonnalisé), peu changé par rapport à l’année précédente.

Un ratio emploi-population au plus bas niveau historique !!

En juin, le taux de participation à la population active civile était de 62,8 pour cent. Le ratio emploi-population reste stable à 59,0 pour cent, et a montré peu changement au cours du mois, mais est en hausse de 0,3 point de pourcentage au cours de l’année.

(NDLR il s’agit du taux le plus bas depuis les années 60…)

Accrochez-vous… lorsque la vérité dans sa cruauté totale apparaît !!

Le nombre de personnes employées à temps partiel pour des raisons économiques (parfois appelé travailleurs à temps partiel involontaires) a augmenté de 275 000 en juin à 7,5 millions.

Le nombre de travailleurs à temps partiel involontaires est en baisse sur l’année, mais n’a montré aucune tendance claire dans les derniers mois. Ces personnes travaillaient à temps partiel parce que leur nombre d’heures avait été réduit ou parce qu’ils ont été incapables de trouver un emploi à temps plein.

Arrêt sur image….

Soit une hausse « spectaculaire », « géniale », « extraordinaire » de 288 000 créations de postes au total DONT… 275 000 personnes appelées parfois « travailleurs à temps partiel involontaires »…

Hahahahahahahahahahahahaha oui c’est bien ça, vous avez bien lu et tout compris, et c’est là maintenant que vous pouvez rigoler en cœur face à l’immense mensonge de la croissance américaine en « croissance négative de 2,9 % » et où le chômage baisse de manière « spectaculaire »…

À ce niveau de mensonge, vous devez commencer à vous inquiéter très sérieusement pour la suite des événements.

Les découragés de la recherche d’emploi qui sortent du calcul…

Ces personnes (554 000) ne sont pas dans la population active, bien qu’étant disponibles pour travailler et ayant cherché un certain temps un travail dans les 12 mois précédents.

Ils ne sont pas comptabilisés comme chômeurs parce qu’ils n’ont pas cherché de travail au cours des 4 semaines précédant l’enquête.

(NDLR : François Hollande, fais pareil, sors des stats tous ceux qui ne cherchent pas pendant 4 semaines du travail et je t’assure mon François, ta courbe tu vas l’inverser très vite. Là encore, vous pouvez vous esclaffer de rire mais uniquement en privé et en cachette car tous ceux qui ont écouté le JT de 20 heures pensent vraiment que ça va mieux aux États-Unis puisque ils l’ont dit à la télé…)

Je vous passe le reste de la traduction du document du BLS que vous pouvez aller lire sur le site dont je vous donne le lien ci-dessous.

En conclusion :

Les États-Unis sont en récession et fortement au premier trimestre 2014 de 2,9 %. Ce n’est pas rien, c’est même un retournement très violent. Évidemment, le froid n’est qu’une excuse totalement fausse et ne tient pas la route lorsque l’on étudie les chiffres dans le détail quand bien même les aléas climatiques jouent évidemment un rôle dans l’activité économique mais pas pour expliquer presque 3 % de baisse du PIB américain en un seul trimestre.

Pour la suite, eh bien la croissance américaine, sur l’année 2014, sera au mieux très décevante et il faudrait une croissance incroyable pour rattraper les mauvais chiffres du début de l’année.

Enfin, la reprise de l’emploi est un leurre, il n’y a pas de reprise de l’emploi et c’est d’ailleurs cela qui explique la modération salariale et l’absence d’inflation sur les salaires.

Il y a juste une stabilisation néanmoins réelle et globalement si la situation sur l’emploi ne s’améliore pas elle ne se dégrade plus vraiment non plus mais tout cela reste très fragile malgré les milliers de milliards de dollars qui ont été injectés dans le système économique américain.

Pas de croissance, des niveaux d’endettement jamais atteints, une politique de mensonges inquiétante et la mise en place partout de mesures coercitives pour réquisitionner l’épargne et les comptes bancaires des gens sont autant d’éléments d’alerte qui devraient vous inciter à penser que le moment du « global reset », comme l’appelle Christine Lagarde, approche à grand pas. Jacques Attali nous parlait de 2015. Les faits vont sans doute lui donner raison. Accrochez vos ceintures.

Le dossier complet du BLS sur les derniers chiffres du chômage US ici

Source : Le Contrarien

Soyez le premier à commenter !

Laisser un commentaire