Partagez

Et si la cyber-propagande de l’État Islamique atteignait l’Europe… grâce à des entreprises européennes (dont une française) ? Une enquête de l’hebdomadaire allemand Der Spiegel indique que des « entreprises européennes pourraient fournir à l’organisation terroriste un accès Internet via satellite« . Plus étonnant encore : « Il n’est pas encore admis que des entreprises l’aient fait sciemment, mais des documents obtenus par Spiegel Online montrent que ce pourrait être le cas. Ces mêmes documents montrent que ces entreprises pourraient immédiatement couper l’accès internet de l’État Islamique sans trop d’effort. »

Si des doutes persistent donc sur le rôle précis des entreprises européennes, une chose est sûre, tant pour le Spiegelque pour Le Monde qui relaye et confirme l’information : l’État Islamique utilise quasi-exclusivement des connexions satellites pour son accès Internet. Les djihadistes se fourniraient ainsi en matériel et en abonnements à Antakya en Turquie. Le Spiegel a ainsi découvert que début 2015 seulement 500 personnes de plus qu’en 2014 utilisaient le satellite pour se connecter à Internet en Turquie, alors qu’une entreprise allemande Sat Internet Services avait exporté à elle seule plus de 6 000 antennes dans le pays en 2013 et 2014. Des antennes qui finissaient donc vraisemblablement en Syrie et en Irak.

TROIS ENTREPRISES, DONT UNE FRANÇAISE

Quelles sont ces entreprises mises en cause ? Trois grosses sociétés qui assurent la couverture satellite sont nommément citées par le magazine allemand : le luxembourgeois SES, le britannique Avanti… et le français Eutelsat, détenu pour un quart par la Caisse des dépôts et consignations (établissement public). « Ces entreprises affirment toutes ne pas être en contact avec les clients en bout de chaîne. Elles gèrent en effet les satellites, puis vendent les services et les capacités à des fournisseurs d’accès à Internet et à des distributeurs« , détaille Le Monde. « L’opérateur français Eutelsat indique que des coordonnées GPS lui [remontent] lors de l’activation d’un terminal, mais il dément que l’un d’eux ait pu être localisé lors de ce processus en Irak ou en Syrie. » Sauf qu’un terminal peut être activé en Turquie avant d’être transporté en Irak et en Syrie. Et là, Eutelsat botte (pour l’instant) en touche : « L’entreprise n’a pas pu confirmer, au moment de la publication, qu’un scan des terminaux avait été fait afin de savoir si certains étaient actifs dans les territoires contrôlés par l’EI.« 

Der Spegiel insiste par ailleurs sur les enjeux financiers importants qui pourraient expliquer que certaines entreprises soient peu regardantes sur leurs clients : il faut compter entre 300 et 400 millions d’euros pour construire et lancer un satellite dont la durée de vie est de 15 ans. « Ce qui veut dire que l’investissement doit être rentabilisé le plus vite possible. » Mais le magazine évoque une autre possibilité : « Peut-être que les entreprises savent parfaitement qui utilise leurs services mais communiquent ces informations avec les services de renseignement. Interrogés sur ce sujet, ni les entreprises ni les services de renseignement n’ont voulu commenter.« 

Laisser un commentaire