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Entretien avec François Asselineau – Président de l’Union Populaire Républicaine


Géopolitique mondiale – News360x


A travers un entretien de plus d’une heure avec le président de l’UPR, News360x vous propose une analyse géopolitique des différents conflits qui ont animé le globe ces dernières semaines.

Afin de faciliter sa lecture et sa mise en page, cet article a été organisé de manière thématique, tout en respectant la chronologie de la conversation téléphonique qui a eu lieu en ce début du mois d’Août 2014.

Nous vous offrons ainsi la possibilité de parcourir uniquement les analyses des théâtres qui vous intéressent, mais ne pouvons que vous conseiller de les lire dans leur intégralité, afin de ne rien perdre des détails et anecdotes que chacun et chacune renferme.

PS : Des annotations personnelles ont également été ajoutées entre parenthèses afin d’aider à la compréhension du texte.

 


Comment les États-Unis ont façonné le Monde en 2014 et à quels obstacles sont-ils aujourd’hui confrontés ?


1

[spoiler title= »L’explosion des budgets militaires »]

Les nations occidentales semblent avoir de plus en plus de mal à conserver leur rang de modèle économique et politique mondial, à quoi cela peut-il être attribuer selon vous?

On est en train d’assister à une fuite en avant, un mouvement de panique, d’un certain nombre de dirigeants américains, comme européens. Ces derniers, constatant la dégradation de la situation économique de leur pays, que l’on peut expliquer par deux grands phénomènes : les délocalisations industrielles et la disparition progressive de l’influence du dollar (dont la masse monétaire globale n’est plus calculée depuis Mars 2006).

Si l’on ajoute à cela les dernières données disponibles quant au pic pétrolier à venir, et l’influence grandissante de la Chine dans des régions fortes en ressources, il apparaît logique pour le gouvernement américain de se développer rapidement dans les régions moyen-orientales, comme cela a été mis en valeur par le général Wesley Clark.

En amont comme en conséquence de cela, on assiste à des programmes de réarmement important en Russie et en Chine. Ainsi, les dépenses militaires chinoises qui étaient équivalentes à 1 % de celles des États-Unis en 2001, sont aujourd’hui proches de 20 % de celles-ci. A ce rythme, on estime que la Chine, dont le budget militaire est en 2014 supérieur à ceux de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni cumulés, pourrait égaler la puissance des forces armées états-uniennes d’ici 15 à 20 ans. La Russie n’est pas en reste et augmente considérablement elle aussi son budget militaire, ce qui la place au 3ème rang mondial.

A

Ces événements ont accentué le sentiment d’urgence dans les états-majors américains, qui comprennent qu’ils ont de moins en moins de temps disponible pour profiter de leur supériorité militaire.[/spoiler]


2

[spoiler title= »Le décès du dollar et des valeurs »]

Les États-Unis pourraient-ils alors perdre la place de leader mondial qui est la leur depuis près de cent ans?

Nous sommes les témoins d’une perte d’influence progressive mais déjà bien visible des États-Unis à travers le monde. Leur comportement expansionniste a amené à la déclaration de Fortaleza et donc à la constitution des BRICS, qui se veulent être une opposition politique et économique à l’empire états-unien, voire même un concurrent direct à la banque mondiale.

Les nations concernées (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) sont en train de multiplier les accords bilatéraux et n’hésitent plus à se priver du dollar au profit de leur propre monnaie pour signer d’importants contrats énergétiques et économiques.

Ce faisceau d’éléments nous conduit à ce que l’on appelle la « dédollarisation » du monde, ce qui à terme risque de mettre fin au plus important des privilèges obtenus par les États-Unis à la fin de la seconde guerre mondiale.

B

On peut d’ailleurs tristement remarquer que derrière les actions contemporaines menées par les dirigeants occidentaux, ne se cachent même plus les grandes valeurs démocratiques du siècle dernier, qui permettaient à des personnages comme Roosevelt, Churchill ou De Gaulle de bénéficier d’une certaine légitimité.

Après tout, si on lit la charte de San Francisco qui a amené à la création de l’ONU, il est difficile d’y trouver quoi que ce soit à redire tant elle paraît incontestable d’un point de vue éthique.

Or, que cela s’explique par la déchristianisation de l’occident, les révolutions culturelles et sexuelles des années du siècle dernier, la montée en puissance de certains lobbies militaires et financiers, la montée de l’individualisme dans la société, ou bien d’autres raisons, nous sommes les spectateurs passifs de l’arrivée au pouvoir d’une génération de dirigeants presque dénués de valeurs morales.

Ils ne semblent plus avoir d’idéal démocratique, usent de plus en plus de l’art de la manipulation, et hésitent de moins en moins à mentir ouvertement.

Une fois dénués de ces grandes codes moraux civilisationnels qui ont pourtant bâti nos pays, leur seul objectif devient d’asseoir leur pouvoir le plus possible. Dans le cas des dirigeants américains, cela passe par une domination économique, qui ne peut découler que d’une main mise politique et culturelle.[/spoiler]


3

[spoiler title= »Les dessous du conflit »]

Comment interprétez-vous les prises de position de plus en plus offensives des États-Unis d’Amérique à l’égard de la Russie ?

En fait, on assiste à l’application de la doctrine Wolfowitz (ex-secrétaire adjoint à la Défense et ex-président de la Banque mondiale) qui avait été rendue publique par le New York Times en 1992, et qui explique en quoi, afin de préserver l’hégémonie américaine, il est désormais nécessaire d’empêcher l’alliance ou le fort développement économique des principaux pays étrangers. Cela explique l’attitude clairement hostile des États-Unis envers la Russie depuis désormais 70 ans.

Par exemple, dans le cas du bouclier antimissile européen, il est évident qu’une telle initiative ne pouvait être prise que excessivement mal par les dirigeants russes, pour la même raison que les états-majors américains s’étaient trouvés scandalisés lorsque Khrouchtchev avait voulu installer des missiles à cuba en 1962. Lorsqu’on cherche à éviter le conflit avec une nation, il va de soi qu’on évite d’installer des dispositifs balistiques pouvant être dirigées contre elle à ses frontières.

Il ne faut pas sous-estimer l’importance qu’a eu M.Wolfowitz au sein des états-majors US, à l’instar de celle qu’ont pu avoir et qu’ont toujours les écrits de Zbigniew Brzezinski (auteur de l’ouvrage « Le grand échiquier ») qui recommandent d’empêcher à tout prix que la Russie retrouve l’influence qu’elle a pu avoir sur la politique et les territoires ukrainiens afin de la priver de sa dimension d’empire. Au même titre, il était nécessaire de couper la Crimée de la Russie, qui reste son seul grand port d’accès aux mers chaudes, quand bien même celle-ci est historiquement et culturellement russe.

C

Les nécessités géo-stratégiques dans la région ont ainsi amené à voir les États-Unis soutenir « pleinement » et de façon officielle comme officieuse, notamment à travers des ONG telles que « Freedom House », les anciens responsables politiques que sont Viktor Iouchtchenko, Ioulia Tymochenko et plus récemment Petro Porochenko, tous les trois impliqués dans de nombreuses affaires de corruption.

Ceci est également valable pour les partis d’extrême droite anti-soviétiques les plus violents à l’instar de Parvy Sektor.

(Cette organisation politisée a par ailleurs eu la chance de voir certains de ses membres occuper des fonctions importantes après le soulèvement de la place Maïdan)

Quant à Viktor Ianoukovytch, je rappelle que sa présidence a été tournée à la fois vers Moscou et vers Bruxelles, et qu’il apparaît assez évident aujourd’hui qu’il faisait lui aussi passer ses intérêts personnels avant ceux de son pays, ayant sans doute eu lui aussi l’occasion de bénéficier de versements irréguliers.

Il faut être pleinement conscient de l’interventionnisme américain dans la région et de la démesure de leur position officielle, et donc de celle de M.Hollande, vis à vis des sujets que nous venons d’aborder et d’autres comme celui du vol MH17.

La désinformation d’état dans ce dossier et dans bien d’autres est telle, que neuf anciens responsables du renseignement américain ont écrit à M. Barack Obama une lettre ouverte pour dénoncer la partialité de ses dernières prises de position et les risques de guerres qu’elles pourraient entraîner.

Je ne sais pas si vous vous en rendez compte. Son équivalent français correspondrait à une déclaration publique de plusieurs anciens responsables des Renseignements Généraux qui annonceraient la nécessité de revoir officiellement notre position sur la Syrie ou l’Ukraine, et la nécessité de voir Laurent Fabius quitter immédiatement ses fonctions, chose qui, à titre personnel, me semble être une simple preuve de bon sens.[/spoiler]


4

[spoiler title= »Les positions de Merkel et Cameron »]

On peut observer des divergences d’opinion en Europe, notamment entre le Royaume-Uni, qui réclame une intervention de l’OTAN en Ukraine, et l’Allemagne, qui s’y oppose. Cela vous a t’il surpris ?

La position du Royaume-Uni n’est guère étonnante, étant donné les imbrications politiques, historiques et économiques des deux pays. Quant à l’Allemagne, leur position est comme souvent ambivalente, et cela est dû en grande partie à la nature des peuples dont nous parlons. Il y a une forte proximité intellectuelle entre les deux pays due à leur passé migratoire commun important ainsi qu’à leur vision contiguë du monde, car après tout, les américains sont majoritairement des anglo-saxons.

Cependant, les confrontations et divergences historiques qu’ils ont pu connaître avec les anglais et américains laissent à penser que si les allemands peuvent à un moment donné se passer de l’appui des États-Unis, ils le feront, car comme le dit un proverbe chinois : « Après une grande haine, il restera toujours une petite haine ».

Les allemands, culturellement bien moins dogmatiques que les français qui sont un peuple latin, et qui ont donc bien moins de mal à penser la perfidie, cherchent simplement à jouer leur propre partition. Ils développent donc pour cela de multiples accords bilatéraux, comme ils ont pu le faire récemment avec la Chine ou le Brésil, de la à y voir une volonté de tourner le dos à l’union européenne pour rejoindre les BRICS, comme certains le murmurent, il n’y a qu’un pas que je ne franchirais pas.

D

L’Allemagne n’y a pour l’instant aucun intérêt et se priverait d’un allié trop puissant. Madame Merkel est en quelque sorte « coincée avec plaisir » dans une Europe qu’elle sait certainement être la création des États-Unis, mais qu’elle a pu depuis exploiter à son avantage, et dans laquelle elle a su conforter sa position de gouverneure générale.[/spoiler]


5

[spoiler title= »La base militaire de Manas »]

Cette méthodologie se limite t’elle à une dimension européenne ou est-elle appliquée dans un cadre plus large, voire mondial ?

Il y a de nombreux autres théâtres sur lesquels s’opère cette stratégie de contrôle régional. Certains bien connus comme la Syrie font la une de tous nos médias, et d’autres plus discrets, bénéficient d’un silence médiatique total. Je pense par exemple, au Kirghizistan, ancienne République socialiste soviétique, qui sortait tout juste en 2010 de deux régimes manifestement autoritaires et corrompus, dont le dernier a été mis en place suite à la « Révolution des tulipes », financée outrageusement par le gouvernement américain.

Une grande déception et d’importants mouvements de contestation ont permis à M.Atambaïev d’arriver au pouvoir et de mettre fin à ces présidences catastrophiques.

E

Quant au pays même, les États-Unis y possédait une base aérienne militaire qu’ils ont installé en 2001 à la suite des attentats du 11 Septembre, soit-disant pour lutter contre le terrorisme. Depuis la fermeture en 2005 d’une base dans l’Ouzbékistan voisin, c’était la dernière base de cette ampleur des américains en Asie centrale.

Or, depuis le démantèlement de cette base, il se murmure que Washington chercherait à s’installer de nouveau dans la région, histoire de ne pas perdre totalement la main (sur un pays dont la participation à l’Union Douanière n’est sans doute plus qu’une question de temps).

On voit depuis ré-apparaître des tensions avec le Tadjikistan voisin, ce qui a amené Bichkek a participé à des exercices militaires internationaux avec la Chine et la Russie. Notons également que ce pays possède une frontière avec la Chine, et se situe non loin des récents événements s’étant déroulés dans le Xinjiang.[/spoiler]


6

[spoiler title= »L’équation ouïghoure »]

A ce propos, quelle est votre analyse sur les heurts qui viennent de se dérouler dans cette partie de la Chine, ancien Turkestan oriental ?

Ces émeutes, qui ont fait des centaines de morts, sont attribuées et revendiquées par des séparatistes ouïghours (musulmans sunnites représentant près de 45 % des habitants de la région). Elles ont actuellement lieu un peu à travers toute la Chine, et font suite à une attaque suicide et à des violences en Mars à la gare de Kunming qui sont à elles seules responsables de la mort de 72 personnes.

La frange radicale de cette population serait également responsable de l’assassinat de Jume Tahir, imam de la plus grande mosquée de Kachgar. Cet homme, qui était un des grands pontes de l’Islam en Chine, avait d’importantes responsabilités politiques, et ce, y compris dans le gouvernement chinois. Il était également réputé pour être un opposant aux indépendantistes ouïghour, fidèle au pouvoir en place, et ainsi capable d’empêcher les soulèvements dans la région.

Les tensions dans cette région se sont accrues au cours des années mais elles viennent littéralement d’exploser ! La Chine a beau avoir encouragé une politique migratoire importante dans le but de peupler le territoire de Hans (chinois de souche), et ne pas être un modèle d’intégration culturelle, il est difficile d’expliquer le caractère soudain et incroyablement violent de ces événements.

F

Il faut mettre en lumière un autre acteur majeur de ce conflit ethnoculturel, le «Congrès Mondial des Ouïghours», qui s’est bien gardé de condamner cette assassinat.

Cette organisation est financée de façon tout à fait officielle par le Congrès des États-Unis, où sa présidente vit en exil, et la NED, un des paravents des services secrets américains (dont le rôle est similaire à celui de la CIA de l’aveu même d’un de ses fondateurs). Son influence est tout sauf minime, et il est presque inenvisageable, et je vous invite à le constater par vous-même, de trouver un papier dans les médias occidentaux sur les récents heurts dans le Xinjiang ne leur donnant pas écho.

Ce qui est terriblement dérangeant, c’est la manière avec laquelle cet organisme se permet de souffler sur les braises du conflit qui se déroule dans cette région du monde, et ce afin de lui donner l’ampleur la plus importante possible.

(Pékin a d’ailleurs accusé à demi-mots Washington d’ingérence en indiquant qu’il était probable que les extrémistes en question avaient été financés et formés par des « forces étrangères »)

L’intérêt pour les États-Unis de voir cette région demeurer la plus instable possible est évident, et je peux même vous confier que lorsque j’étais au Ministère des Affaires Étrangères, les officiels chinois que j’étais amené à rencontrer ne prenaient en privé pas le moindre gant pour dénoncer l’implication sur place de personnels américains dans la région.

Après tout, ce ne serait ni la première ni la dernière fois que l’on verrait les États-Unis prendre contact, développer, financer, puis utiliser des extrémistes musulmans afin de fragiliser tout ou partie d’un pays ou de ses plus proches alliés.

C’est une approche millénaire et tout à fait courante :

Si l’on souhaite user et distraire son adversaire sans se confronter à lui, il suffit de glisser régulièrement quelques cailloux dans ses chaussures et dans celles de ses amis.

Si par la même occasion on peut l’accuser d’être le responsable de tous ces maux afin de faire douter ou retourner ses alliés contre lui, pourquoi s’en priver ?[/spoiler]


7

[spoiler title= »La fulgurante ascension takfiriste »]

Le Nord de l’Irak est dévasté depuis des semaines par les troupes du « califat islamique », y voyez vous un lien avec les méthodes que vous venez d’expliciter ?

Dans le cas de l’EIIL et de l’EI, nous savons désormais de source sûre que les gouvernements occidentaux, dont le notre, ont participé à l’armement et à la formation des troupes rebelles syriennes qui s’opposaient à Bashar Al Assad. Comme vous le savez, une partie importante d’entre eux était constituée de takfiristes excessivement violents, que l’on retrouve aujourd’hui en Irak, ce qui n’est pas sans nous rappeler les récents troubles que l’on a pu observer au Mali.

Cela m’a été confirmé personnellement par des amis que j’ai gardé dans le renseignement qui m’ont confirmé l’origine américaine d’une partie de l’armement des djihadistes. L’on voit également apparaître ici et là sur de nombreuses photographies notre fameux fusil d’assaut français, le FAMAS. Avec ce matériel qui est de toute évidence de bonne qualité, ces derniers détruisent les églises et mosquées sunnites et chiites de la région, et menacent ou exécutent les minorités sur place qui refusent le califat et l’application de la Charia.

A ce sujet, j’aimerais dénoncer la présentation partiale, pousse au crime, et peu professionnelle des principaux médias français qui nous exposent à tort la situation comme le massacre des chrétiens d’Orient par les les Islamistes radicaux. En omettant de façon quasi systématique les autres minorités religieuses présentes sur place, Yazidis et Kurdes notamment, il m’apparaît évident que l’on cherche à transposer ce conflit sur le sol français, ce qui est inadmissible.

EIIL Carte

Précisons que l’évolution de l’EIIL, qui est passée du statut de réseau terroriste clandestin à celui de force armée régionale et organisée est tout simplement sans précédent.

Je vous avoue que j’ai un mal fou à croire que le fait que les États-Unis, qui connaissent et surveillent de près ce groupe depuis plusieurs années, n’aient rien remarqué ou constaté des évolutions de ce mouvement armé qui s’est centralisé depuis de nombreux mois.

Cela sous-entendrait qu’il n’y ait eu aucune communication entre les services secrets de chaque pays présent dans la région, et que les renseignements des États-Unis, d’habitude si prompt à détecter la moindre menace, seraient passés à côté de toutes les transmissions, appels satellites, réunions et mouvements de troupe de ce réseau takfiriste pourtant si vaste.

Deux possibilités s’offrent alors à nous :

– Soit l’information n’est pas remontée aux oreilles du gouvernement, ce qui signifierait que les services de renseignement agissent comme des cellules indépendantes et que M.Obama exerce son mandat en étant entouré d’hommes dont les intérêts ne sont pas les siens, ce qui fait de son pays un partenaire dangereux.

– Soit les États-Unis ont laissé délibérément se former ces troupes djihadistes dans le but de déstabiliser la région et sont donc responsables des déportations et massacres ayant eu lieu dans le Nord de l’Irak, ce qui fait de ce pays un partenaire très dangereux.
Évidemment, en dehors des données précédentes, il est évident que la présence et la puissance de ce califat dans la région arrange au mieux l’État-major et le gouvernement américain. Le Nord Irak est aujourd’hui un point de fixation, une épine dans le pied des Syriens comme des Iraniens.

Tout cela génère ce que l’on appelle un complexe obsidional, soit un repli sur soi lié à la présence d’une forte menace, par exemple civilisationnelle, qui amène progressivement à la division de la société face, entre autres, à la résolution de ce problème. C’est valable pour les irakiens, pour les iraniens, et bien évidemment pour les européens face à la « menace russe » que l’on expose chaque jour un peu plus comme un impérialisme sauvage que seuls les États-Unis et l’Europe peuvent contenir.[/spoiler]


8

[spoiler title= »La multiplication des tensions »]

M.Obama semble infiniment plus critique envers Moscou ou Damas qu’envers Pékin. Comment analysez-vous une telle retenue envers un gouvernement et sa monnaie qui s’affiche désormais comme un challenger officiel au dollar ?

Washington ne peut envisager d’affaiblir économiquement son toujours premier partenaire économique, ce qui ne l’empêche pas de l’affaiblir politiquement et de toucher à sa légitimité.

On peut ainsi observer, la formidable pression exercée par les États-Unis afin de convaincre les principales nations de la région de sanctionner la Russie, allié le plus proche de la Chine, à l’instar des gouvernements européens. On notera d’ailleurs le soutien affirmé du gouvernement japonais, et le refus catégorique assez surprenant du gouvernement Sud-Coréen, qui possède pourtant sur son sol nombre d’installations militaires et ressortissants américains.

L’autre actualité majeure c’est une nouvelle fois l’aggravation des tensions entre la Chine et le Japon à propos de différents archipels, dont celui des Senkaku. Les relations entre les deux pays sont exécrables depuis presque deux ans, et les déclarations agressives du secrétaire américain à la Défense Chuck Hagel envers ses homologues chinois ont tout fait sauf apaiser la situation.

(Il est de toute façon évident que si les États-Unis avaient cherché à calmer la situation ou tout au moins à ne pas attiser ce conflit territorial, ils n’auraient pas envoyé leurs avions survoler les zones en question à plusieurs reprises).

G

Je crains que le Japon ne continue dans les prochaines décennies sa politique pro-américaine, lui qui semble ne plus pouvoir sortir de son emprise et influence après plusieurs millénaires d’autonomie. Reste que Pékin ne semble pas non plus vouloir identifier Washington comme un ennemi à l’heure actuelle, et a même confirmé sa participation aux exercices militaires RIMPAC sous direction des États-Unis.[/spoiler]


9

[spoiler title= »Un partenariat obligé »]

Qu’en est-il des pressions ou rapprochements envisagés auprès du reste des BRICS ?

Les relations entre les États-Unis et l’Afrique du Sud et le Brésil sont actuellement calmes, car ces deux pays, économiquement et régionalement moins influents que les deux géants dont nous parlions précédemment, ne semblent pas nourrir les mêmes ambitions politiques ou militaires.

Quant à l’Inde, le secrétaire d’État américain John Kerry a rencontré Vendredi à New Delhi le nouveau Premier ministre indien Narendra Modi, qui était précédemment interdit de Visa aux États-Unis. On assiste ici à une opération de séduction et de communication pour tenter de ramener l’Inde dans le giron US qui ne mènera à mon sens à pas grand chose…

Ce pays qui sera bientôt le plus peuplé du monde sait les convoitises qu’il suscite, les avantages qui seront prochainement les siens, l’ascendant qu’il aura un jour sur la Chine, et il compte bien en tirer profit.

L’objectif de Washington est actuellement d’affaiblir les grands pontes des BRICS, tout en essayant de convaincre les membres actuels et potentiellement futurs de cette organisation de l’échec à venir de celle-ci. Et puis soyons cohérents, se priver d’un marché de 130 millions de russes n’a pas les mêmes répercussions que de renoncer à plusieurs milliards de consommateurs asiatiques.

(Se positionner comme le garant de la stabilité du Moyen-Orient et allié des puissances pétrolières, va de pair avec le développement de relations cordiales avec les pays asiatiques, qui vont consommer de plus en plus les matières premières qui seront issues de la région)

C’est une stratégie planifiée de longue date, parfaitement cohérente sur le plan économique, mais qui ici passe par des actes criminels, menés par des gens dénués de toute éthique.

H

Quant aux gouvernements de ces deux « mastodontes humains » d’Orient, dont la diplomatie est portée sur le long terme, il m’apparaît peu probable qu’ils s’alignent sur Washington qui, à défaut d’être vu comme un ennemi, est vu comme un partenaire dangereux et intéressé, d’où l’augmentation massive des budgets militaires de ces deux pays.

Quoi de plus normal pour ces derniers que de vouloir jouer un rôle dans cette partie d’échecs mondiale, dans laquelle la France, qui pourrait tenir le rôle d’arbitre, se contente de celui de pion.

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Entretien avec François Asselineau –  réalisé pour News360x

Lilian Delfau


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9 Commentaires

  1. Très bon article dans le fond et la forme. Merci vivement d´apporter ces clés de compréhension!

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