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L’implication américaine dans les bombardements de l’Arabie Saoudite au Yémen, et notamment les moyens que ces acteurs utilisent font apparaître «un terrorisme sponsorisé par un Etat» selon l’analyste Finian Cunningham.

Des entreprises de «sécurité» privées liées à la CIA combattent au Yémen dans le cadre de la campagne militaire de l’Arabie saoudite appuyée par les Etats-Unis. Des mercenaires affilés à Al-Qaïda sont également déployés sur place. L’association des entreprises privées avec des entités terroristes ne doit surprendre personne. Tout cela fait partie d’une machine de guerre illégale.

Les médias occidentaux peinent à couvrir le conflit au Yémen et encore moins le lourd déploiement de mercenaires occidentaux dans les combats sur place. Les rares reportages des médias sur Al-Qaïda et sur des groupes terroristes qui lui sont liés au Yémen sont présentés dans le cadre d’attaques intermittentes de drones menées par les Etats-Unis, ou accompagnés d’un récit mentionnant que les militants «profitent» du chaos pour «étendre» leur présence dans la péninsule arabe, comme ce reportage réalisé par le Washington Post.

La campagne de bombardement de l’Arabie saoudite, soutenue par les Etats-Unis, est composée de troupes régulières, d’entreprises de sécurité privées et de mercenaires de type Al-Qaïda

Ce point de vue médiatique, occidental et biaisé, de la situation au Yémen donne une image fausse d’une perspective bien plus précise et significative : la campagne de bombardement de l’Arabie saoudite soutenue par les Etats-Unis est à présent coordonnée avec des forces au sol comprenant des troupes régulières, des entreprises de sécurité privées et des mercenaires de type Al-Qaïda redéployés depuis la Syrie.

Il ne fait aucun doute, en dépit des démentis des Occidentaux, que les djihadistes de Daesh (Etat Islamique) et des brigades liées à Al-Qaïda, Front al-Nosra, Jaish al-Fateh, Ahrar ash-Sham et autres ont été infiltrés, armés et déployés par les Etats-Unis et ses alliés dans l’objectif d’un changement de régime. Si c’est vrai pour la Syrie, c’est aussi vrai pour le Yémen. En effet, les connexions secrètes deviennent encore plus évidentes au Yémen.

En novembre dernier, le New York Times a confirmé ce que de nombreuses sources yéménites évoquaient depuis longtemps : que la coalition de l’Arabie saoudite, appuyée par les Etats-Unis et qui tente de vaincre un soulèvement populaire, comprend des mercenaires fournis par des entreprises de sécurité privées étroitement associées au Pentagone et à la CIA.

Ces mercenaires ont été recrutés par des sociétés liées à Erik Prince, l’ancien commando des forces spéciales américaines devenu homme d’affaires qui a créé Blackwater Worldwide. Cette société et ses différentes incarnations Xe Services et Academi, demeurent les premiers contracteurs du Pentagone en termes de sécurité privée, bien que certains de leurs employés aient été condamnés pour avoir massacré des civils dans le cadre d’une mission en Irak, en 2007. En 2010, par exemple, l’administration Obama a accordé à ces sociétés plus de 200 millions de dollars de contrats en matière de sécurité et de travail pour la CIA.

Washington et la Grande-Bretagne ont fourni des avions et des missiles à la campagne menée par l’Arabie saoudite et responsable de milliers de morts parmi les civils

Erik Prince, qui est basé principalement en Virginie d’où il dirige plusieurs centres de formation militaire, a mis en place un centre de mercenaires aux Émirats arabes unis il y a cinq ans avec l’appui total des dirigeants de la pétromonarchie. La UAE Company a pris le nom de Reflex Responses ou R2. Le New York Times a rapporté qu’environ 400 mercenaires ont été envoyés depuis les camps de formation des Emirats arabes unis pour participer à des missions au Yémen. Des centaines d’autres sont formés aux Emirats arabes unis, en attente de déploiement.

C’est n’est qu’une partie des différents «soldats de fortune» sur le chemin du Yémen qui viennent lutter contre l’insurrection menée par les rebelles houthis, alliés avec le reste de l’armée nationale. Cette insurrection a réussi à évincer début 2015 le président Abed Rabbo Mansour Hadi, soutenu par les Etats-Unis et l’Arabie saoudite. Hadi a été décrit comme une marionnette contrôlée depuis l’étranger, qui présidait un régime corrompu ou règnaient népotisme et répression féroce.

Depuis mars dernier, les Saoudiens et d’autres Etats du Golfe persique bombardent le Yémen de manière quotidienne afin de renverser la rébellion et réinstaller au pouvoir Hadi, aujourd’hui en exil.

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Washington et la Grande-Bretagne ont fourni des avions et des missiles, ainsi que de la logistique, à la campagne menée par l’Arabie saoudite et responsable de milliers de morts parmi les civils. L’implication de mercenaires de type Blackwater – entreprise étroitement liée au Pentagone – peut également être considérée comme une autre forme de contribution américaine à la campagne conduite par les Saoudiens.

Parmi les mercenaires figurent des Américains, des Britanniques, des Français et des Australiens

Les mercenaires envoyés par les Émirats arabes unis au Yémen se battent aux côtés d’autres mercenaires que les Saoudiens auraient recrutés au Soudan, en Erythrée et au Maroc. La plupart sont d’anciens soldats, payés jusqu’à 1000 dollars par semaine. De nombreux combattants liés à Blackwater en provenance des Émirats sont recrutés en Amérique latine : au Salvador, au Panama et principalement en Colombie, ces combattants étant considérés comme ayant une bonne expérience du combat de contre-insurrection.

Aussi, parmi les mercenaires figurent des Américains, des Britanniques, des Français et des ressortissants australiens. Ils seraient déployés dans des formations spéciales ainsi qu’au sein de troupes régulières de l’Arabie Saoudite, du Qatar, du Bahreïn et des Émirats arabes unis.

Ces derniers mois, les rebelles Houthis (aussi connus sous le nom d’Ansarullah) et leurs alliés de l’armée yéménite ont formé un front uni appelé «comités populaires», infligeant de lourdes pertes à la coalition américano-saoudienne. Des centaines de soldats auraient été tués dans des combats dans les provinces yéménites de Marib dans l’est et à Taiz à l’ouest. L’usage par les rebelles de missiles balistiques Tochka a eu des résultats particulièrement dévastateurs.

A tel point qu’on dit que les mercenaires affilés à Blackwater ont «abandonnés le front de Taiz» après avoir subi de lourdes pertes au cours de ces deux derniers mois. «La plupart des agents de Blackwater tués au Yémen seraient d’origine colombienne et argentine, cependant, il y aurait aussi des pertes parmi des ressortissants américains, australiens et français», a reporté Masdar News.

A cet obscur mélange s’ajoutent des militants sunnites extrémistes, déployés au Yémen depuis la Syrie. On peut dire d’eux qu’ils sont étroitement liés, sinon totalement intégrés, à Al-Qaïda ou à Daesh, car ils font allégeance à un «califat» basé sur le fondamentalisme wahhabite ou le takfirisme.

Ces militants ont commencé à arriver au Yémen en grand nombre en l’espace de quelques semaines, depuis le début de l’intervention militaire russe en Syrie à la fin du mois de septembre, selon le porte-parole de l’armée yéménite, le Brigadier Général Sharaf Luqman. Les force aériennes russes ont en effet immédiatement commencé à infliger de sévères pertes aux extrémistes. Des sources yéménites supérieures ont indiqué que des centaines de combattants affiliés à Daesh ont débarqué dans la ville portuaire d’Aden, dans le Sud, en empruntant des vols commerciaux de compagnies appartenant à la Turquie, au Qatar et aux Emirats arabes unis.

Des mercenaires privés, en conjonction avec des milices terroristes constituent de toute évidence un bras armé secret de Washington
Peu après l’arrivée de ces combattants, les habitants d’Aden ont rapporté que la terreur est tombée sur la ville. La relation entre Américains et Saoudiens peut être déduite du fait qu’Aden a servi de base militaire clé pour la coalition. En effet, les sources militaires yéménites affirment que les militants takfiristes fraichement arrivés ont été dispatchés depuis la ville sur les premières lignes à Taiz et à Marib, où les mercenaires affiliés au Pentagone et les troupes saoudiennes ont également été affectés.

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Il est vrai que le Pentagone combat parfois des terroristes liés à Al-Qaïda. La frappe aérienne américaine en Libye vendredi dernier, qui a tué 40 membres de Daesh dans un centre d’entraînement présumé a été qualifiée d’énorme coup porté contre le terrorisme. Et au Yémen, depuis 2011, le CIA et le Pentagone ont tué par des frappes de drones de nombreux cadres d’Al-Qaïda, un leader du groupe aurait même été assassiné en juin dernier lors d’une opération américaine.

Néanmoins, comme l’illustre l’importante campagne américano-saoudienne au Yémen, l’externalisation des services militaires à des mercenaires privés, en conjonction avec des milices terroristes constituent de toute évidence un bras armé secret de Washington.

Ceci est en accord avec la façon dont ces mêmes groupes ont été déployés en Syrie dans le but d’y renverser le régime.

Le brouillage des frontière entre l’armée régulière, les contracteurs privés spécialisés en sécurité dirigés depuis de luxueux bureaux en Virginie et à Abu Dhabi et des groupes parfaitement terroristes est également approprié. Compte tenu de la nature illégale des guerres ainsi menées, tout cela se résume en fin de compte à un terrorisme sponsorisé par l’Etat.

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