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Nous avons plusieurs fois souligné que les projets de dédollarisation envisagés au sein des pays du groupe BRICS ne prendraient tout leur sens que si les pays de l’eurogroupe, c’est-à-dire les pays utilisateurs de l’euro, s’y joignaient. Ainsi pourrait s’édifier la première phase d’un euroBRICS, dont la constitution, au sens strict, changerait la face du monde. La domination du dollar, sous-tendant celle des États-Unis, pourrait commencer à perdre de son influence.

Or selon un article de Blomberg [1], groupe financier américain spécialisé dans les services aux professionnels des marchés financiers et dans l’information économique et financière, l’euro devrait rejoindre prochainement le groupe des monnaies directement échangeables en yuan (monnaie chinoise) à Shanghai, après les dollars américain, australien et néo-zélandais, la livre et le yen. Le yuan est la septième monnaie en importance utilisée pour les échanges financiers internationaux. L’arrivée de l’euro marquera un grand pas dans l’internationalisation du yuan, en diminuant sensiblement les coûts de transaction. L’euro et le yuan devraient en bénéficier conjointement, ainsi que leurs échanges avec le reste du monde.

En quoi, dira-t-on, s’agira-t-il, d’un nouveau pas dans la dédollarisation ? Simplement parce que les opérateurs ayant recours à l’euro-yuan dans leurs échanges, par exemple pour les ventes d’Airbus en Chine, n’utiliseront plus le dollar. Ils échapperont ainsi aux fluctuations de cette monnaie, découlant en partie des stratégies politiques ou économiques de Washington.

Nous n’avons pas à notre niveau confirmation de l’exactitude des propos de Blomberg. Il serait douteux cependant qu’il s’agisse d’un simple bruit destiné à provoquer des mouvements spéculatifs sur les cours. Affaire à suivre donc.

Selon Blomberg, les relations commerciales entre la Chine et les pays européens ont cru de 12 % l’année dernière, jusqu’à atteindre 404 milliards de dollars US pour les huit premiers mois de 2014, chiffre à comparer aux 354 millions de dollars pour les échanges américano-européens dans la même période. Les sociétés françaises et allemandes tiennent la tête des opérateurs utilisant le yuan.

Les accords euro-yuan ne marqueront pas une dédollarisation complète des échanges entre l’Europe, la Chine et plus largement l’Asie, mais il s’agira d’un début prometteur. Dans cette perspective, on comprend pourquoi les États-Unis font de telles pressions sur l’Europe pour lui faire accepter un Traité de libre-échange transatlantique. Dans le cadre de ce traité, les entreprises européennes pourraient s’engager (librement, bien sûr), à n’utiliser que le dollar, comme le fit à ses dépens la BNP.

Note

[1] Yuan to Start Direct Trading With Euro as China Pushes Usage (blomberg.com, 29-09-2014)

Source : Vineyardsaker